mercredi 11 février 2015

The Imitation Game



Réalisation : Mortem Tyldum
Scénario : Graham Moore
Durée : 1 h 50
Interprétation : Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Marc Strong...
Genre : Cliché même du film aux oscars

Synopsis :

En 1940, Alan Turing, mathématicien et cryptologue, est chargé par le gouvernement britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma.

L'histoire tout comme celle de la vie d'Alan Turing ont été tenus confidentiels durant des années et officialisées il y a très peu de temps. Les deux sont vraiment intéressantes et auraient même pu être passionnantes si le traitement du film n'était pas si proche de la catastrophe. Sur le plan formel et surtout réflectif c'est un plantage sur toute la ligne. Si on ne peut que reconnaître une nouvelle fois le talent de l'acteur anglais Benedict Cumberbatch, Imitation Game est d'une fadeur pour le moins déconcertante dans un peu tous les domaines. Dans la peau d'Alan Turing l'acteur retrouve le personnage aussi antipathique et attachant et avec un peu l'ambiguïté du personnage qui l'a révélé en Sherlock. Dommage que lui aussi soit trop sérieusement et sévèrement poncé, lissé pour les Oscars.

Il est vrai que les films à Oscars on les repère vite. Académisme plombant, lourdeurs, prétention et des démonstrations en veux tu en voilà. Si on peut reprocher au Discours d'un Roi de Tom Hooper à l'époque d'avoir un académisme trop scolaire et d'une absence de personnalité, il faut quand même avouer que l'interprétation transcendante du duo principal et le scénario bien écrit rendait le film plutôt réussit. Ici ça ressemblerait plus au film de Ron Howard Un homme d'exception auquel on aurait dépouillé, aseptisé totalement le scénario et le savoir faire (pourtant classique) du cinéaste pour en faire un téléfilm niais et grand public à l'image de La couleur des sentiments de Tate Taylor. C'est impersonnel, fade, sirupeux, c'est du cliché pour du cliché trempé dans du mielleux. Une mise en scène d'un académisme terne sans ton, ni fougue encore moins d'audace et de prise de risque. Cette illustration plate de ce scénario très fade est surtout plombé par une musique aussi envahissante que ratée d'Alexandre Desplat pour couronner le tout. Si c'est vrai que l'on suit le film sans grandes difficultés, il faut avouer que tout est calibré et aussi fluide qu'un téléfilm de l'après midi. Même les petites pointes d'humour anglais sentent le réchauffé et tombent toutes à plat. C'est dire à quel point c'est la catastrophe. 

L'âge des acteurs principaux ne correspond pas d'une dizaine d'années avec leurs personnages. Le peu de ressorts narratifs sont tous éculés. Tout est d'une insipidité totale et prend le spectateur par la main du début à la fin bien sûr, sans lui donner la peine de le laisser apprécier et réfléchir sur ce qu'il regarde. Il n'y a pas grand chose à sauver malgré une technique soignée mais loin d'être bien dosée et utilisée à bon escient. A l'image même du rôle de Cumberbatch sur sa fin avec la fameuse "séquence émotion", tout manque de nuance, de naturel et de surtout de franchise. Si par malheur les émotions pointent leur nez, elles manquent de subtilités. Beaucoup de sous-thèmes sont traités de manière niaises et sans intérêts. La seule piste intéressante abordée est lors de l'interrogatoire quand Turing cherche à se faire juger. Seulement elle est trop vite enterrée comme celle de son enfance (inutile presque) pour se concentrer à nouveau sur l'intrigue principale. Cette dernière d'ailleurs manque de tout et à commencer de profondeur et de suspense bien amené, bien construit. Imitation game est finalement qu'un film historique plat et mou sans aucune personnalité mais surtout maladroit. Le cliché même du film à Oscars qui n'a aucun intérêt.

Tout est sans intérêt cinématographique sauf d'avoir un des meilleurs acteurs actuels rendant hommage à un mathématicien qui le mérite amplement. La démarche initiale est salutaire je l'avoue mais si seulement elle n'est pas trop proche des billets verts et avec les frères Weinstein à la production c'est vraiment pas sûr. Après Le discours d'un Roi, Argo et 12 Years a Slave le film historique se porte bien à l'académie des Oscars. Imitation Game est anecdotique ne serai ce qu'en suivant le filon. Le résultat est une niaiserie sans audaces aux ficelles immenses faite pour plaire à l'académie des Oscars et au grand public qui se focalise juste sur l'histoire. En tant que passionné de cinéma, le mot frustration me paraît bien pour résumer le tout, même si on ne sait pas sur quel problème pointer du doigt en premier. Un vrai mathématicien serait le bienvenu pour démêler toute cette arnaque.


Note : 3 /10

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